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NOTE D'INTENTION
Les yeux fermés est un projet qui me tient particulièrement à cœur car voilà 2 ans aujourd'hui que je suis immergé dans le monde des gens du voyage. Que je le découvre, le démystifie. Voilà 2 ans que des liens se créent avec les habitants des aires d'accueil autour du travail artistique et de la question de l'image. Quel image ont-ils d'eux mêmes, quel regard porte t'on sur eux? Quelle image aimeraient-ils donner à voir...
Le traitement fait au Roms, cet été 2010, fait partie de ces moments qui me révoltent, me semblent incompréhensible et me laissent dans une sensation d'impuissance. A la suite de ces événements, le travail que je mène avec le photographe Erik Damiano autour de la représentation que l'on peut avoir de certains types de population a pris tout son sens. L'envie de continuer la route avec les gens du voyage s'est confirmée. A défaut de pouvoir agir à un niveau politique, je le ferai avec mes armes, avec nos armes, celles du collectif le petit cowboy, à savoir la réalisation d'un film.
J'ai choisi de partir dans une fiction, dans un conte, afin de m’adresser au plus grand nombre et pour pouvoir y intégrer de la distance, des digressions, de la folie. Ne pas tomber dans la dramatisation, la victimisation à outrance.
Ce qui m'intéresse en réalisant ce film c'est donc de traiter des idées reçues, de la stigmatisation. Et je trouve ça vraiment plus fort de le faire avec des personnes qui le vivent au quotidien qu'avec uniquement des comédiens. Le film poussera les habitants des aires d'accueil à s'amuser de tout ce qui les énerve au quotidien et sûrement à vivre ou revire des scènes assez violentes. La complicité acquise en 2 ans permettra cela. C'est une expérience unique rendu possible grâce aux travailleurs de terrains (animateurs sociaux) et partenaires associatif (MJC, SIEANAT) et institutionnels (Conseil Général, Sicoval)
Les yeux fermés est donc une expérimentation mais aussi un film qui nous relie à la réalité, qui questionne notre citoyenneté, qui met en lumière ces idées simplistes qui nous traversent, à tous... C'est un film à la fois sombre et lumineux, simple et direct. Le message est clair sans ambiguïté : fermer les yeux sur le monde, sur les autres ne mènent qu'à se réduire soit-même.
Loran Chourrau, réalisateur